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 Lonely day ▬ ft. Aleksei Vichnevski.

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Gaïa Euphemia

MessageSujet: Lonely day ▬ ft. Aleksei Vichnevski.   Mar 7 Jan - 22:15




Lost

Laisse toi emporter. Laisse toi céder. Laisse toi faillir. Laisse le vent t'emmener selon ton désir. Il te rendra toujours à cet endroit propice. Cet endroit de parfait idylle qui suffit par sa seule magnificence à combler cet étrange vide dans ton cœur. Existe t-il de tels endroits sur Terre ? Tu te poses la question en contemplant les alentours, une lueur émerveillée dans ton regard écarlate. Tes pieds semblent danser lentement, tournant sur la pointe de ceux-ci pour ne pas perdre une miette de ce sublime décor. Ton palpitant s'emballe dans ta poitrine devant tant de beauté, venant cogner dans tes tempes, tes frêles poignets et le creux de ton cou. Tu entends sa chamade dans chaque partie de ton corps qui frissonne doucement. Si tu avais su... Si seulement tu avais... Tu aurais fugué de chez toi par tous les moyens possibles. Avec dégoût, tu te souviens de ta prison de marbre, des mains trop protectrices de ton père, de la jalousie maladive de ta mère... Un goût amer emplit ta bouche et tu te retiens de ne pas cracher à même le sol dédaigneusement. Ce ne sont pas des manières qu'ont t'a enseigné, et tu as beau vouloir annihiler celles-ci, quelques unes persistent encore. Un soupir s'échappe fugacement du seuil de tes lèvres et tu retournes à ta découverte. Mais la flamme dans ton regard ne se rallume pas. Il reste morne et presque triste, et tu n'arrives plus à te concentrer pleinement sur le paysage. Inflexibles réminiscences. Les palpitations s'atténuent, tu ne sens même plus l'instrument de chair d'entre ses barreaux osseux. Tu t'approches sans enthousiaste de la fontaine de pierre, faisant effleurer tes doigts à la surface de l'eau limpide comme un cygne glissant sur une rivière. Avec tout autant de légèreté. Tu te perds un peu dans tes pensées. Toujours aussi implacables, elles t'étreignent toute entière, douloureusement comme un dangereux étau invisible aux yeux de tous mais sombre et parfaitement opaque à tes yeux. Tu n'y vois pas plus loin d'ailleurs.

Lestement, silencieusement, tu t'assois sur le rebord en plissant les yeux. Pourquoi toi ? Qu'as-tu fait derrière tes murs pour qu'on t'emmène ici ? Tu n'as pas péché depuis ton arrivé ici. T'as vaguement l'impression qu'on t'a changé de cellule, passant simplement à une plus vaste. Plus jolie aussi. Un illusion utopique à la liberté. On dirait que tout est planifié pour agir au sens contraire à ta volonté et ton désir. Putain, ça serait vraiment si dur que ça de t'offrir un semblant d'indépendance ? Cette suffocation constante t'effraye à force de respirer toujours le même air. Tu te prends la tête entre les mains, t'agrippe tes cheveux emmêlés et tu gémis. Imperceptiblement. Tu refuses de crier à pleine voix. T'es comme un bateau sur la mer noire, sans phare, juste portée par des vagues malvenues. En perdition. T'es guidée contre ton gré. T'es là, à te plaindre comme un chien réclamant des caresses alors qu'au fond, tu sais qu'il y a perpétuellement pire que soi. Qu'est-ce que tu revendiques alors ? Juste un peu d'espace ? Tu l'as ici, cet espace. Peut-être qu'au fond, c'est toi le problème. Et seulement toi. T'as un pet au casque, c'est toi qui va pas bien, qu'est trop égoïste, trop exigeante, qui en demande toujours plus.

Qu'est ce qu'il te faut de plus ? T'en as pas vu assez ?  


Non, justement, c'est ça le malaise. T'es perdue, perdue. Tu l'es depuis le début. T'as jamais agis comme tu le voulais. Comme tu le désirais. T'as jamais rien pu anticipé après tout. T'es qu'un misérable pantin brisé par le temps.

J'ai essayé ça sert à rien on change pas, on change jamais. Et quand bien même de toute façon ici y'a pas de deuxième chance. On efface pas les ardoises.


On l'efface pas quand on a écrit dessus avec de l'encre, s'imprimant très nettement dedans. Tu le sais bien ça. Surtout quand c'est quelqu'un d'autre qui le grave. Ton poing se referme autour d'un caillou que tu as attrapé machinalement. Tu le serres de toutes tes forces, jusqu'à ce que la surface rocailleuse s'imprime sur ta peau. Tu t'en moques que ça te fasse mal, même si le manque de détermination te le fait lâcher. Enfin, tu le jettes au loin plutôt, celui-ci disparaissant derrière les buissons. Et la chanson continue. Les paroles sont encore plus douloureuses. Parce qu'elles reflètent la vérité.

Tu nais comme ça, tu vis comme ça, tu canes comme ça. Seul à poil face à ton reflet avec ton dégoût de toi même. Ta culpabilité et ton désespoir comme seuls témoins.


Tu sors ton carnet de ton sac, le stylo qui va avec. Tu le débouches avec tes lèvres, coinçant le bouchon entre elles et tu écris des mots, en gros. Tu les repasses avec insistance. Comme un défouloir de fortune.

Pain. Isolation. Ill. Jail. Loneliness. Privacy. Supremacy. Life. Lies.

Tu continues ta liste, trouant et déchirant parfois le papier tant tu appuies. Les feuilles et l'encre ont toujours été la seule manière pour toi de t'exprimer. Et tu ressens comme une détresse au fond de toi qui te pousse à faire ça. Par besoin vital, une nécessité qui réclame assouvissement.

Tu finis enfin, relis consciencieusement chaque mot, les sourcils légèrement froncés. Ultime soupire, tu le roules entre tes mains, le froisse avant de le jeter également plus loin. Étrangement, tu te sens mieux. Mais le sentiment de solitude reste ancrée en toi. Ce n'est pas de ta faute si tu es insociable. Ce n'est même pas vraiment ton caractère. Tu as juste toujours été privée de compagnie bienfaisante. Tu n'as pas été élevée comme les autres, tu ne sais pas t'y prendre avec eux et tu es maladroite malgré tes efforts. Peut-on seulement te blâmer pour ça ? La réponse ne te vient pas. Alors tu fermes les yeux un instant. Un court instant, cherchant à y trouver le fugace repos au travers de celui-ci.

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Aleksei Vichnevski

MessageSujet: Re: Lonely day ▬ ft. Aleksei Vichnevski.   Dim 19 Jan - 16:25